Utilisation

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Massif de bouillons blancs sur lit de laine

J'en connais qui jardinent avec la lune...

Les jardiniers creusois et Laines Locales Réseau Limousin vous invitent à jardiner avec... la laine
Ou comment trouver de nouvelles utilisations simples, pratiques et peu coûteuses à cette matière naturelle et bio-dégradable

La laine produite à raison d'un ou deux kilos par an pour une brebis trouve de nombreuses utilisations: fils à tricoter, matelas, feutre et accessoires de mode, loisirs créatifs et
aujourd'hui... jardinage !

En Limousin, dans le cadre du programme régional d'actions pour la structuration de la filière laine, Laines Locales Réseau Limousin a été amené à trouver des utilisations ou des débouchés pour toutes les laines.
L'objectif de l'association est bien de valoriser dans des circuits lucratifs nos belles laines issues du triage et du classement des toisons. Il reste les écarts et rebuts issus de la tonte et du tri, les fausses coupes : 

on tond avec une tondeuse aux peignes bien droits un animal tout en rondeur et malgré la dextérité du tondeur, il en résulte quelques fausses coupes inutilisables qui se perdent pendant le triage, les mèches de laine égarées et balayées lors du nettoyage du chantier de tonte, les touffes de laine colorée par les crayons de marquage, ou les souillures produites en se frottant aux derrières de leurs congénères ( traces vertes sur les flancs), les parties de toisons aux fibres trop grossières pour rentrer dans une valorisation textile, les parties feutrées, pigmentées de fibres de couleurs ( touffes de couleur noire ) ou trop jarreuses ( présence excessive de ces petites fibres courtes et raides qui piquent ! ).

Mais que faire de cette laine ?

Des jardiniers l'ont essayée pour nous dans leur jardin !


Depuis 3 ans, Jacques Girardeau de Moutier-Malcard, a expérimenté l'utilisation de ces écarts de triage dans son jardin : il achète environ 100 kg de laine à Eliane Mérias, éleveuse de moutons à Clugnat dans le Nord de la Creuse. Eliane trie la laine de ses moutons, car elle la fait transformer en fil à tricoter, elle conserve les bonnes toisons et vend les écarts pour 0,40 € le kg. Jacques est le jardinier du Jardin de Sauveterre, paradis contrôlé des herbes folles et sauvages : Jacques est producteur de graines de plantes et de fleurs sauvages. 

La première année, il a tenté d'utiliser les parties crotteuses des toisons mais il n'a pas trouvé le bon usage de celles-ci. 

L'année suivante après discussion avec Eliane, il a choisi de retenir les morceaux « plus en laine » tels qu'ils sont décrits ci-dessus.


Utilisation


Il utilise ces laines en paillage entre les plantes vivaces installées, entre les framboisiers, les arbustes. L'épaisseur du paillage varie de 5 à 10 cm.

Choix du sol

Il précise de vérifier le type de sol. Son utilisation sur un sol trop argileux peut avoir pour conséquence l' hiver de retenir l'humidité et ainsi de retarder le réchauffement du sol au printemps.

Création d'un parterre et utilisation de la laine par 3 emplois en paillage :

1. pose de la laine après création d'un parterre ( sol et plants)
2. la laine prend le relais d'un autre paillage en feutre de jute
biodégradable. Celui-ci après deux à trois années de paillage efficace
 peut être prolongé par de la laine
3. après une à deux années de paillage en BRF ou broyat de ligneux, le
 paillage de la laine prolonge les avantages du BRF.

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Création du parterre : plantation des plants et disposition de la laine en suint


Durée de vie :  

environ 2 ans, Jacques rajoute de la laine l'année suivant la mise en place de la première couche.

Esthétique :

la laine après plusieurs lessivages par la pluie et le séchage au soleil devient écrue puis blanche, elle distingue et rehausse un parterre. Effet garanti !

Odeur de la laine en suint :

la laine doit être installée de préférence en mars/avril ou en septembre/octobre, période favorable à un bon lessivage grâce aux averses. Ces lavages participent à éliminer totalement l'odeur de suint.

Arrosage : 

pendant l'arrosage, l'eau tombe sur la couche de laine, les gouttes se répartissent sur les fibres et elles glissent vers le sol, sans l'effet de battance qui tend à le compacter. La vie du sol est respectée et les racines se développent mieux dans une terre plus aérée.

Evapo-transpiration :

la laine a la capacité de retenir l'eau, de par sa structure, elle absorbe jusqu'à 30 % de son poids en eau sans que l'on ait la sensation qu'elle soit humide. Cette propriété a deux atouts :
quand la terre transpire, la vapeur est retenue par la couche de laine, elle ralentit l'évaporation
quand l'air est humide, la laine fixe l'humidité, elle conserve ainsi sa fraîcheur au sol.
On limite ainsi les arrosages.

Désherbage :

le paillage a l'avantage de limiter le désherbage, c'est aussi le cas pour l'utilisation de la laine en paillage. Toutefois, il faut veiller à ne pas utiliser de parties pailleuses des toisons ou pleines de graines de foin. On obtiendrait l'effet complètement inverse !!
Jacques a bien observé une limitation du développement des adventices, il y en a tout de même deux qui « font de la résistance », la petite oseille et le chiendent qui parviennent à traverser la couche de laine. Il a toutefois noté que leur installation était relativement superficielle dans le sol, ce qui facilite leur arrachage.

Apport de potasse :

la laine contient de la potasse et en se dégradant enrichit le sol de cet élément.

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Parterre de vivaces et laine au Jardin de Sauveterre, Moutier Malcard

Voilà pour l'expérience de Jacques Girardeau !


Un autre Jacques a aussi utilisé la laine pendant de nombreuses années, Jacques Sautot, jardinier paysagiste à Crozant, il nous a confié les résultats de plus de 10 ans d'expérience.
Il utilise plutôt des morceaux de toisons qu'il a installés sur un parterre de myrtillers d'Amérique.
La couche de laine est épaisse, minimum 10 cm et il ajoute une nouvelle couche de laine chaque année, au printemps.
Le constat est la limitation du désherbage et le maintien de l'humidité.
Lui aussi fait remarquer l'effet esthétique de cette présence blanche, cet espace particulier qui se distingue dans le jardin.
Adepte du jardin en mouvement, cher à Gilles Clément, Jacques Sautot autorise certaines annuelles à bénéficier de ce matelas de laine ( qui se transforme momentanément en substrat horticole) pour se développer, et sont invités à fleurir spontanément digitales et bouillons blancs au milieu du massif.


Petite astuce pour neutraliser les graines de foin présentes dans certaines laines avant utilisation en paillage

Au printemps, il faut étendre la laine sur une bâche en plastique. Pratiquer un arrosage complet des morceaux de toisons pour humidifier les fibres et favoriser la germination des graines. Attendre 10 à 15 jours selon la chaleur, une fois les graines germées, laisser sécher complètement en repliant la bâche sur la laine en plein soleil. Une fois bien sèche, votre laine est prête pour une utilisation au jardin.

Merci à Jacques Girardeau, Jacques Sautot et Eliane Mérias.

Jacques Girardeau
Le Jardin de Sauveterre
Laboutant
23220 Moutier-Malcard
Crédit Photos Jacques Girardeau

Jacques Sautot
Paysagiste
38 Villejoint
23160 Crozant

Eliane Mérias
Montceaux
23270 Clugnat

Association Laines Locales Réseau Limousin
9, rue Chanzy
87300 Bellac
laines-locales.com

Rédaction : Nadine Singeot
06 33 13 59 23
expert-laineslocales@orange.fr
13/12/2012